1.8.05

 

La femme d'argile et la lisière du temps

A Andreea,



Au commencement était le verbe…


Au commencement était l’argile,
la terre,
la terre-mère,
la matière.


Au commencement était la chair,
le corps,
la femme,
la femme-mère.


Au commencement était le sang.


Puis vint le temps,
et entre deux instants,
la lisière du temps.

La matière créa la forme,
et le temps, le mouvement.

La femme, pétrie d’argile
et baignée de son sang,
en rêve, donna la vie,
au printemps.


Le potier lui avait fait deux bras,
deux jambes,
deux seins,
deux sexes aussi.

Mais elle en perdit un.

A chaque pleine lune,
elle s’essayait à le retrouver,
s’accoupler,
se mélanger,
se transformer.


Et puis donner du temps au temps.



A la lisière du temps,
se décidait demain,
puis après-demain,
à chaque instant.


De tous ces possibles,
le hasard se chargeait,
heureux ou malheureux,
ni l’un, ni l’autre, bien souvent.


L’automne, belle saison,
rouge flamboyant,
comme le renouveau du sang.


Puis la fin,
et le recommencement.


Dans l’apparente immobilité,
le mouvement.


Dans la longue durée,
le bref instant.


Chaque contenu,
dans son contenant.


Dans le vase d’argile,
le miel du temps.


Et en Marie,
une goutte de sang.


Philippe Hirou, 1er décembre 2003





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