19.8.05
Lisières du temps

J'étais sur le plateau de Millevaches aux confins des départements limousins, Creuse, Corrèze et Haute-Vienne, ce lieu déserté aux 4 habitants par kilomètre carré, autrefois bien plus habité, aujourd'hui couvert des sapins que nous ont valu les aides du Fond Forestier National (les feuillus n'étaient pas subventionnés !) et que la tempête de 1999 n'a qu'à peine entamés.
C'est un arbre remarquable qui a attiré mon attention.
Remarquable par lui-même, mais encore plus par son emplacement car il me semblait de loin que ce mouvement de terrain ne pouvait pas être naturel... j'y imaginais un château ou au moins une tour (de pierre, de bois ?) à l'époque médiévale.
Alors j'ai laissé la voiture et, à travers champs (et rivière), je suis allé voir.
Et de près la configuration de cette avancée de terre dans la vallée me semblait tout aussi artificielle... Et, surprise, cet arbre a poussé sur un reste de ruines, à peine visible, juste quelques pierres, mais il a bien fossilisé les restes sans doute d'une tour... C'est un chêne énorme qui a repoussé sur lui même combien de fois... un hêtre plus jeune lance une énorme racine par dessus le chêne comme pour l'enlacer amoureusement. Quel âge peut-il avoir ? Il a poussé sur les ruines de cette tour qui date sans doute du 11ème ou 12ème siècle... Cet arbre a peut-être 700 ans ou plus...
18.8.05
8.8.05
PERIGUEUX - LIMOGES
Karom, mon ami
Je revenais de chez toi, cette semaine inoubliable passée ensemble cet automne.
Un moment intense de connivence, de compréhension mutuelle et de sagesse.
Tu souffrais, mais tu ne le faisais pas voir.
Sur le quai de la gare, un clin d'oeil de la beauté des femmes : cette chef de gare aux cheveux blonds et toi à côté venant me dire au revoir.
C'est moi, aujourd'hui, qui cherche à te dire au revoir.
Je n'y arrive toujours pas. Tu me manques.
Cinq années passées ensemble depuis cet an 2000 à Montignac. Cinq années d'amitié où tu m'as profondément transformé.
Voyage.
KAROM est mort du cancer le 12 juin dernier à Bordeaux. Nous avions pu aller au Sénégal ensemble 15 jours auparavant pour lancer son projet d'OPERA... un Opéra musical au sens premier, mais aussi le GRAND OEUVRE de sa vie, au sens alchimique, la réunion en ce lieu, à Toubab Dialaw, près de l'école de danse panafricaine de Germaine Acogny, des énergies des hommes et femmes des 5 continents avec l'énergie de la terre-mère. Un grand personnage est à naître dans la brousse sénégalaise, le COSMOSAPIENS voulu par Karom comme cet homme du 3ème millénaire enfin (à nouveau ?) conscient du lien (le cordon ombilical...) qui le relie au Cosmos et à la terre (ne coupez pas le lien !). Karom, je souhaite encore pouvoir te remercier, pouvoir te rendre hommage et mener à bien ce projet pour toi, pour l'Afrique, le village de Toubab Dialaw et pour cette terre.





Un moment intense de connivence, de compréhension mutuelle et de sagesse.
Tu souffrais, mais tu ne le faisais pas voir.
Sur le quai de la gare, un clin d'oeil de la beauté des femmes : cette chef de gare aux cheveux blonds et toi à côté venant me dire au revoir.
C'est moi, aujourd'hui, qui cherche à te dire au revoir.
Je n'y arrive toujours pas. Tu me manques.
Cinq années passées ensemble depuis cet an 2000 à Montignac. Cinq années d'amitié où tu m'as profondément transformé.
Voyage.
KAROM est mort du cancer le 12 juin dernier à Bordeaux. Nous avions pu aller au Sénégal ensemble 15 jours auparavant pour lancer son projet d'OPERA... un Opéra musical au sens premier, mais aussi le GRAND OEUVRE de sa vie, au sens alchimique, la réunion en ce lieu, à Toubab Dialaw, près de l'école de danse panafricaine de Germaine Acogny, des énergies des hommes et femmes des 5 continents avec l'énergie de la terre-mère. Un grand personnage est à naître dans la brousse sénégalaise, le COSMOSAPIENS voulu par Karom comme cet homme du 3ème millénaire enfin (à nouveau ?) conscient du lien (le cordon ombilical...) qui le relie au Cosmos et à la terre (ne coupez pas le lien !). Karom, je souhaite encore pouvoir te remercier, pouvoir te rendre hommage et mener à bien ce projet pour toi, pour l'Afrique, le village de Toubab Dialaw et pour cette terre.





7.8.05
Au poisson soleil
Les bords de Vienne à Limoges.
D'autres herbes toujours pas si folles - que personne n'a ni semé ni planté cette fois - sur les reflets de l'eau et dans la lumière du poisson soleil.



D'autres herbes toujours pas si folles - que personne n'a ni semé ni planté cette fois - sur les reflets de l'eau et dans la lumière du poisson soleil.



Herbes pas folles
Une création de Gilles Clément sur les bords de la Vienne à Aixe-sur-Vienne.
Nous avions rencontré la "jardinière planétaire" au printemps 2000, lors des relevés de l'après-tempête. C'est ainsi que ses collègues de la commune appelaient la responsable des espaces-verts ; 2000 était l'année de l'expo à la Villette "le jardin planétaire". Elle nous avait parlé du projet avec Gilles Clément qui devait être réalisé. Nous sommes donc 5 ans après.
Nous avons vu Gilles Clément il y a 15 jours chez lui. Il se sent lui aussi, plus que jamais, "jardinier". Il lui semble toujours important de faire passer les messages du rapport à la nature que nous devons retrouver. Il a donné son accord pour parrainer l'académie des gens de jardin et du paysage.



Nous avions rencontré la "jardinière planétaire" au printemps 2000, lors des relevés de l'après-tempête. C'est ainsi que ses collègues de la commune appelaient la responsable des espaces-verts ; 2000 était l'année de l'expo à la Villette "le jardin planétaire". Elle nous avait parlé du projet avec Gilles Clément qui devait être réalisé. Nous sommes donc 5 ans après.
Nous avons vu Gilles Clément il y a 15 jours chez lui. Il se sent lui aussi, plus que jamais, "jardinier". Il lui semble toujours important de faire passer les messages du rapport à la nature que nous devons retrouver. Il a donné son accord pour parrainer l'académie des gens de jardin et du paysage.



Au delà du corps
L'exposition d'Aixe-sur-Vienne.
Une mise en perspective du corps, des corps, de nos corps.
Quel sens, quelle valeur ont-ils aujourd'hui ?
Le visiteur imprime la marque de son corps parmi les corps.
Regards croisés.
Qui regarde qui ?
Andreea, comme je t'ai aimée bien mal toutes ces années !!!
Je t'ai fait souffrir...
Tu as raison, aimer ce n'est pas ça. C'est bien autre chose.
Aimer ce n'est pas accaparer l'autre en l'entraver dans les chaînes de sa propre dépendance, de ses attentes, de son désir.
Aimer c'est donner de la place à l'autre, être attentif, attentionné.
C'est lui laisser l'espace et le temps pour ses propres désirs.
C'est conjuguer les pensées et les sensations au pluriel.
C'est être ouvert au monde.
Voilà ce que c'est aimer.
J'ai la sensation d'avoir enfin compris, d'avoir - peut-être grâce au souhait de Karom le jour de mon anniversaire le 5 juin dernier - reçu conscience et amour pour me guider désormais sur le chemin de la vie.
Andreea, je veux t'aimer, pour de vrai, cette fois.
Donne-moi ta confiance, s'il te plait.


Une mise en perspective du corps, des corps, de nos corps.
Quel sens, quelle valeur ont-ils aujourd'hui ?
Le visiteur imprime la marque de son corps parmi les corps.
Regards croisés.
Qui regarde qui ?
Andreea, comme je t'ai aimée bien mal toutes ces années !!!
Je t'ai fait souffrir...
Tu as raison, aimer ce n'est pas ça. C'est bien autre chose.
Aimer ce n'est pas accaparer l'autre en l'entraver dans les chaînes de sa propre dépendance, de ses attentes, de son désir.
Aimer c'est donner de la place à l'autre, être attentif, attentionné.
C'est lui laisser l'espace et le temps pour ses propres désirs.
C'est conjuguer les pensées et les sensations au pluriel.
C'est être ouvert au monde.
Voilà ce que c'est aimer.
J'ai la sensation d'avoir enfin compris, d'avoir - peut-être grâce au souhait de Karom le jour de mon anniversaire le 5 juin dernier - reçu conscience et amour pour me guider désormais sur le chemin de la vie.
Andreea, je veux t'aimer, pour de vrai, cette fois.
Donne-moi ta confiance, s'il te plait.


Paysages bretons





Il parait que la Bretagne possède tant de surfaces de zones artisanales qu'elles ne pourraient être remplies (au rythme actuel) que dans 100 ans...
Elles ont envahi la France tout entière ces "zones", artisanales, industrielles ou commerciales... Paysages d'un nouveau genre qui fait notre quotidien. Banal ?
Forts de leurs enseignes lumineuses, ils s'imiscent même au coeur de la nuit.
C'est peut-être à ce moment là qu'ils redeviennent magiques, quand ils ne sont plus que l'écran allumé d'une télé à laquelle on a coupé le son.
Cahier secret
Fatal vertige
Il est fatal, plus que fatal que ma vie s'exprime ici.
Je me rends compte que si art il y a, il ne peut qu'être indissolublement lié au cours de la vie de l' "artiste".
Ce blog, comme beaucoup d'autres, a donc une tournure autobiographique, certes voulue dès le départ, mais assumée petit à petit.
Il ne fait que reproduire, sous une forme actuelle, les autobiographies d'autrefois, journaux intimes, cahiers de notes tenus au jour le jour, échanges de correspondances.
Je me suis aventuré dans celles de Mircea Eliade, l'historien des religions roumain, dans celles de George Sand, notre chère Madame Sand, l'éternelle amoureuse.
J'aime les lire.
Mais écrire la sienne est autre chose.
Monter en marche dans cette machine à remonter le temps qu'est le "blog" (j'en ai déjà donné un aperçu ci-avant, je me suis autorisé à réécrire des passages a posteriori...)donne le vertige.
Je n'ai pas, ordinairement, le vertige.
Mais il me prend parfois, ici.
La permanence des choses humaines m'étonne.
Je lis Ovide - l'Art d'aimer - et je me rends compte que l'âme humaine n'a presque pas changé depuis l'Antiquité.
Je m'étonne aussi du petit jeu de mots de Roland Barthes dans ses "Fragments d'un discours amoureux", mots empruntés à différentes époques, autant d'auteurs, autant d'hommes... Nietzsche, Freud, Pasolini...
Fatal vertige.
Pourquoi devrais-tu chercher la continuité, m'a-t-on demandé.
On m'incite à couper les fils, à rompre, à parcelliser le cours du temps.
Je ne m'y plie pas de bonne grâce.
Je ne m'y plie pas du tout, même.
Je cherche la continuité et la logique des enchaînements dans ma vie comme je la cherche dans l'histoire de l'humanité.
Cela étonne.
Cela choque. Parfois.
Et pourtant.
Cela s'impose à moi.
Cela s'impose comme une évidence pour l'humanité. Une longue continuité. Un long enchaînement de filiations, de mémoires humaines, d'aprentissages, de connaissances et de croyances transmises.
Jusqu'à notre trou de mémoire, aujourd'hui.
Le déchirement de la toile, qu'il faut réparer, retisser.
Le monde qu'il faut réenchanter, nous disent certains, sans doute un peu visionnaires.
Car effectivement, le monde se déchire et à besoin de petites mains, de toutes petites mains pour renouer les fils entre eux, mains couturières, habiles et savantes, oh si peu, mais si bien.
Des mains de femmes, sans doute, je l'ai déjà dit.
Mais pas seulement. Des mains d'hommes aussi, solidaires.
Cela s'impose à moi aussi pour ma propre vie.
La toile me relie à mon passé, à tout ce que j'ai vécu et qui me fait aujourd'hui ce que je suis, et elle s'élargit, elle se ramifie, elle occupe simultanément des points éloignés de l'espace où je ne me rends pas simultanément, mais qui ont des relations entre eux, et avec moi, des lieux où je me rends successivement.
Mémoire.
C'est elle qui tient la toile. Sans aucun doute.
L'araignée des rêves la tisse et la retisse, la retend quand il faut, comme les cordes d'un tambour d'afrique pour maintenir la parole claire et haute. Elle retend les fils pour maintenir la mémoire claire et haute, juste ce qu'il faut. Elle les retend chaque nuit, dans nos rêves, et tisse de nouveaux fils, de nouveaux liens.
Je sais que parfois je défais quelques liens. Enfin, je crois. Mais peut-être pas. Ils sont peut-être simplement distendus pour un temps. Mais pour un temps seulement.
Fatal vertige.
Comment pourrait-on échapper à la complexité ?
Alpinistes, votre vie ne tient qu'à un fil.
Et de là haut, vous semblez tout dominer.
Mais c'est la toile que vous tissez autour de vous toute votre vie qui vous tient, qui vous domine, mais qui vous anime. Marionnettes de nous-mêmes que nous sommes. Agis par nos propres fils.
Jamais nous ne redescendons. Toujours nous marchons.
Araignées somnanbules.
Des images d'Andreea en "femme d'argile"... Quel sens cela a-t-il ?
Elle semble pratiquer une sorte de rite antique. Est-elle une femme chamane, une de ces "sorcières" ?
Elle semble reproduire un culte phallique, vouloir s'approprier le sexe de l'homme, la fertilité de la terre.
Le sexe, au coeur des hommes et des femmes.
Le mythe de l'androgyne originel.
Notre sexualité d'hommes-femmes et femmes-hommes, mal comprises, mal compris, par nous-même.
Incompréhension. Rupture du dialogue.
Chute du couple androgyne.
Perte.
Appauvrissement.
Fin.
Faim.
Pain.
Ce sexe de pierre a la forme d'un pain. Il semble nourriture cherchant une bouche pour l'avaler. Communion de la chair et de la pierre.
Communion des temps.
Je me rends compte que si art il y a, il ne peut qu'être indissolublement lié au cours de la vie de l' "artiste".
Ce blog, comme beaucoup d'autres, a donc une tournure autobiographique, certes voulue dès le départ, mais assumée petit à petit.
Il ne fait que reproduire, sous une forme actuelle, les autobiographies d'autrefois, journaux intimes, cahiers de notes tenus au jour le jour, échanges de correspondances.
Je me suis aventuré dans celles de Mircea Eliade, l'historien des religions roumain, dans celles de George Sand, notre chère Madame Sand, l'éternelle amoureuse.
J'aime les lire.
Mais écrire la sienne est autre chose.
Monter en marche dans cette machine à remonter le temps qu'est le "blog" (j'en ai déjà donné un aperçu ci-avant, je me suis autorisé à réécrire des passages a posteriori...)donne le vertige.
Je n'ai pas, ordinairement, le vertige.
Mais il me prend parfois, ici.
La permanence des choses humaines m'étonne.
Je lis Ovide - l'Art d'aimer - et je me rends compte que l'âme humaine n'a presque pas changé depuis l'Antiquité.
Je m'étonne aussi du petit jeu de mots de Roland Barthes dans ses "Fragments d'un discours amoureux", mots empruntés à différentes époques, autant d'auteurs, autant d'hommes... Nietzsche, Freud, Pasolini...
Fatal vertige.
Pourquoi devrais-tu chercher la continuité, m'a-t-on demandé.
On m'incite à couper les fils, à rompre, à parcelliser le cours du temps.
Je ne m'y plie pas de bonne grâce.
Je ne m'y plie pas du tout, même.
Je cherche la continuité et la logique des enchaînements dans ma vie comme je la cherche dans l'histoire de l'humanité.
Cela étonne.
Cela choque. Parfois.
Et pourtant.
Cela s'impose à moi.
Cela s'impose comme une évidence pour l'humanité. Une longue continuité. Un long enchaînement de filiations, de mémoires humaines, d'aprentissages, de connaissances et de croyances transmises.
Jusqu'à notre trou de mémoire, aujourd'hui.
Le déchirement de la toile, qu'il faut réparer, retisser.
Le monde qu'il faut réenchanter, nous disent certains, sans doute un peu visionnaires.
Car effectivement, le monde se déchire et à besoin de petites mains, de toutes petites mains pour renouer les fils entre eux, mains couturières, habiles et savantes, oh si peu, mais si bien.
Des mains de femmes, sans doute, je l'ai déjà dit.
Mais pas seulement. Des mains d'hommes aussi, solidaires.
Cela s'impose à moi aussi pour ma propre vie.
La toile me relie à mon passé, à tout ce que j'ai vécu et qui me fait aujourd'hui ce que je suis, et elle s'élargit, elle se ramifie, elle occupe simultanément des points éloignés de l'espace où je ne me rends pas simultanément, mais qui ont des relations entre eux, et avec moi, des lieux où je me rends successivement.
Mémoire.
C'est elle qui tient la toile. Sans aucun doute.
L'araignée des rêves la tisse et la retisse, la retend quand il faut, comme les cordes d'un tambour d'afrique pour maintenir la parole claire et haute. Elle retend les fils pour maintenir la mémoire claire et haute, juste ce qu'il faut. Elle les retend chaque nuit, dans nos rêves, et tisse de nouveaux fils, de nouveaux liens.
Je sais que parfois je défais quelques liens. Enfin, je crois. Mais peut-être pas. Ils sont peut-être simplement distendus pour un temps. Mais pour un temps seulement.
Fatal vertige.
Comment pourrait-on échapper à la complexité ?
Alpinistes, votre vie ne tient qu'à un fil.
Et de là haut, vous semblez tout dominer.
Mais c'est la toile que vous tissez autour de vous toute votre vie qui vous tient, qui vous domine, mais qui vous anime. Marionnettes de nous-mêmes que nous sommes. Agis par nos propres fils.
Jamais nous ne redescendons. Toujours nous marchons.
Araignées somnanbules.
Des images d'Andreea en "femme d'argile"... Quel sens cela a-t-il ?
Elle semble pratiquer une sorte de rite antique. Est-elle une femme chamane, une de ces "sorcières" ?
Elle semble reproduire un culte phallique, vouloir s'approprier le sexe de l'homme, la fertilité de la terre.
Le sexe, au coeur des hommes et des femmes.
Le mythe de l'androgyne originel.
Notre sexualité d'hommes-femmes et femmes-hommes, mal comprises, mal compris, par nous-même.
Incompréhension. Rupture du dialogue.
Chute du couple androgyne.
Perte.
Appauvrissement.
Fin.
Faim.
Pain.
Ce sexe de pierre a la forme d'un pain. Il semble nourriture cherchant une bouche pour l'avaler. Communion de la chair et de la pierre.
Communion des temps.
1.8.05
La femme d'argile et la lisière du temps
A Andreea,
Au commencement était le verbe…
Au commencement était l’argile,
la terre,
la terre-mère,
la matière.
Au commencement était la chair,
le corps,
la femme,
la femme-mère.
Au commencement était le sang.
Puis vint le temps,
et entre deux instants,
la lisière du temps.
La matière créa la forme,
et le temps, le mouvement.
La femme, pétrie d’argile
et baignée de son sang,
en rêve, donna la vie,
au printemps.
Le potier lui avait fait deux bras,
deux jambes,
deux seins,
deux sexes aussi.
Mais elle en perdit un.
A chaque pleine lune,
elle s’essayait à le retrouver,
s’accoupler,
se mélanger,
se transformer.
Et puis donner du temps au temps.
A la lisière du temps,
se décidait demain,
puis après-demain,
à chaque instant.
De tous ces possibles,
le hasard se chargeait,
heureux ou malheureux,
ni l’un, ni l’autre, bien souvent.
L’automne, belle saison,
rouge flamboyant,
comme le renouveau du sang.
Puis la fin,
et le recommencement.
Dans l’apparente immobilité,
le mouvement.
Dans la longue durée,
le bref instant.
Chaque contenu,
dans son contenant.
Dans le vase d’argile,
le miel du temps.
Et en Marie,
une goutte de sang.
Philippe Hirou, 1er décembre 2003
Au commencement était le verbe…
Au commencement était l’argile,
la terre,
la terre-mère,
la matière.
Au commencement était la chair,
le corps,
la femme,
la femme-mère.
Au commencement était le sang.
Puis vint le temps,
et entre deux instants,
la lisière du temps.
La matière créa la forme,
et le temps, le mouvement.
La femme, pétrie d’argile
et baignée de son sang,
en rêve, donna la vie,
au printemps.
Le potier lui avait fait deux bras,
deux jambes,
deux seins,
deux sexes aussi.
Mais elle en perdit un.
A chaque pleine lune,
elle s’essayait à le retrouver,
s’accoupler,
se mélanger,
se transformer.
Et puis donner du temps au temps.
A la lisière du temps,
se décidait demain,
puis après-demain,
à chaque instant.
De tous ces possibles,
le hasard se chargeait,
heureux ou malheureux,
ni l’un, ni l’autre, bien souvent.
L’automne, belle saison,
rouge flamboyant,
comme le renouveau du sang.
Puis la fin,
et le recommencement.
Dans l’apparente immobilité,
le mouvement.
Dans la longue durée,
le bref instant.
Chaque contenu,
dans son contenant.
Dans le vase d’argile,
le miel du temps.
Et en Marie,
une goutte de sang.
Philippe Hirou, 1er décembre 2003
Le regard utile
La photo doit-elle être utile ?
Dissertation philosophique... annales du bac 20.. non, je rigole...
Pourtant, je m'interroge.
Thèse :
Oui, elle doit être utile. D'abord l'art n'est pas gratuit. A la question qu'est-ce qui est "beau", je ne sais pas répondre... Je laisse les autres le faire si ça les amuse... Par contre, l'art "dit" quelque chose... éventuellement, d'ailleurs, il parle de la beauté, en posant justement cette fameuse question : "Qu'est-ce qui est beau ?"... Le serpent se mord-il la queue ?
Mais il peut parler plus largement du monde, c'est ce que je crois, et c'est même une digne mission. Aborder des questions essentielles de notre vie et de notre compréhension du monde par une voie détournée qui évite soigneusement la voie directe de notre raison pour s'adresser plutôt à nos émotions, à notre intuition.
Nous avons un besoin urgent d'art comme cela, parce que le discours technicien, ou d'expert, qui emprunte la voie directe, tombe de plus en plus en impasse. C'est somme toute heureux car il a peut-être trop cru pouvoir régimenter le monde et le mettre en coupe réglée. Il se rend compte aujourd'hui que la réalité n'est pas celle là, pas celle de la raison, du moins pas uniquement.
C'est ce que vient de montrer l'expérience de Trielle qui a abordé les changements du paysage et de la société rurale à travers la photographie.
Je ne crois pas trop à la notion de "photographie documentaire" telle qu'elle est exposée comme une réponse à une soi-disant inutilité de l'art, c'est à dire opposée à la photographie plasticienne, celle qui n'aurait d'autre but que de nous parler de formes et de couleurs... je pense plutôt que comme, d'une façon ou d'une autre, la photographie représente le réel, elle est toujours documentaire, mais qu'en même temps, comme elle est l'oeuvre et le choix éminemment subjectif d'un photographe, elle est aussi toujours art, c'est à dire qu'elle transforme toujours le réel et s'adresse à notre partie émotionelle plus qu'à notre partie rationnelle.
Mais, je me répète, c'est donc un excellent moyen de nous toucher pour nous parler du monde !
Antithèse :
Non, elle doit être inutile, ou du moins elle peut l'être.
D'ailleurs, quelle est l'utilité des tonnes de photographies (est-ce bien la bonne unité de mesure ou faut-il désormais parler des milliards de pixels ?) qui sont produites chaque jour dans le monde ?
L'ère numérique tend à accroitre de façon exponentielle la quantité des images que l'on réalise et, dans une moindre mesure tenat à notre capacité - ou à notre résistance ! - que l'on voit. Mais, encore une fois, sont-elles utiles ?
Certes, elles ne revendiquent pas toutes, loin de là, le statut d'oeuvres d'art.
Si l'on se limite à ce domaine, cette fois, la question reste posée. La beauté pure, si tant est qu'on sache la définir ou en juger, est-elle utile ? On nous dira qu'elle embellit la vie, qu'elle rend plus heureux... Peut-être... Mais pas sûr. On peut penser aussi qu'elle ne vit que pour elle même.
Certains revendiqueront cette inutilité de l'oeuvre d'art - pas forcémpent "belle" d'ailleurs - qui n'existe que comme l'expression de la sensibilité de l'artiste. C'est un fait que l'on ressent souvent une impression de viol de l'intimité de la personne dans certaines oeuvres contemporaine. Certes, la porte nous était entrouverte, nous étions invités à entrer... Peut-être est-ce même l'argument principal de cet art qui valorise l'individu dans ce qu'il a de plus personnel...
Mais alors, à quoi est-ce que cela sert, sinon à satisfaire une sorte de curiosité de voyeurs ?
Synthèse :
Pour autant, si l'on reste dans ce même cas de figure, cet art n'en parlerait pas moins de l'état de notre société et l'éventuelle détresse individuelle qui transparait - c'est souvent le cas - nous renverrait à la détresse de la société dans lequel l'individu, quel qu'il soit, s'insère, bon gré ou mal gré. Si je fais cette analyse, si j'arrive à comprendre ce que vis l'artiste, ou ce qu'il a vécu lorsqu'il a fait telle ou telle photographie, j'entre un peu dans son intimité qui fait écho à la mienne ou qui m'interroge... cela peut-être utile. Peut-être ces images jouent-elles pour moi le rôle d'une psychanalyse.
Mais si ce n'est pour moi, spectateur, si je reste en dehors, non touché, sans que je comprenne ou que cela m'évoque quoi que ce soit, il n'en est pas moins vrai que la réalisation de cette oeuvre a pu être utile à l'artiste. Elle lui a peut-être évité une grave dépression, peut-être même de se suicider... qui sait. L'art peut-être un puissant exutoire.
Mais alors, pour quelle raison l'artiste s'arrogerait-il ce droit pour lui seul ? Et immédiatement se pose la question de qui il est, qui est artiste et qui ne l'est pas ? La personne x qui utilise son téléphone portable pour faire quelques photos est-il ou non "artiste" ? On ne saurait juger par le média ou par l'outil employé... C'est la fameuse question qui opposait à l'origine la peinture à la photographie... Il est probable qu'il puisse donc l'être... Il peut concevoir une passion qui lui permette à lui aussi de sublimer des difficultés... Mais l'artiste s'expose... Il offre son intimité à travers ses oeuvres. Et, par ce fait, il donne aux autres la possibilité d'entr'apercevoir, dans le miroir tendu, une partie d'eux-mêmes ou un biais sur le monde qui nous entoure.
Pour moi, c'est cela être artiste.
Et c'est donc intimement lié à une forme d'utilité.
La photographie artistique est donc utile parce qu'elle se donne à voir. Elle se montre. Tandis que la plupart des images restent invisibles.
Et de façon indissociable, elle émane d'une individualité, d'un regard, d'un photographe. Une machine ne saurait produire de photographie artistique. Parce qu'une machine n'a rien à dire.
La photographie artistique est donc, en quelque sorte, un "regard utile", un moyen détourné pour faire progresser, en leur tendant un miroir, les hommes et le monde.
Dissertation philosophique... annales du bac 20.. non, je rigole...
Pourtant, je m'interroge.
Thèse :
Oui, elle doit être utile. D'abord l'art n'est pas gratuit. A la question qu'est-ce qui est "beau", je ne sais pas répondre... Je laisse les autres le faire si ça les amuse... Par contre, l'art "dit" quelque chose... éventuellement, d'ailleurs, il parle de la beauté, en posant justement cette fameuse question : "Qu'est-ce qui est beau ?"... Le serpent se mord-il la queue ?
Mais il peut parler plus largement du monde, c'est ce que je crois, et c'est même une digne mission. Aborder des questions essentielles de notre vie et de notre compréhension du monde par une voie détournée qui évite soigneusement la voie directe de notre raison pour s'adresser plutôt à nos émotions, à notre intuition.
Nous avons un besoin urgent d'art comme cela, parce que le discours technicien, ou d'expert, qui emprunte la voie directe, tombe de plus en plus en impasse. C'est somme toute heureux car il a peut-être trop cru pouvoir régimenter le monde et le mettre en coupe réglée. Il se rend compte aujourd'hui que la réalité n'est pas celle là, pas celle de la raison, du moins pas uniquement.
C'est ce que vient de montrer l'expérience de Trielle qui a abordé les changements du paysage et de la société rurale à travers la photographie.
Je ne crois pas trop à la notion de "photographie documentaire" telle qu'elle est exposée comme une réponse à une soi-disant inutilité de l'art, c'est à dire opposée à la photographie plasticienne, celle qui n'aurait d'autre but que de nous parler de formes et de couleurs... je pense plutôt que comme, d'une façon ou d'une autre, la photographie représente le réel, elle est toujours documentaire, mais qu'en même temps, comme elle est l'oeuvre et le choix éminemment subjectif d'un photographe, elle est aussi toujours art, c'est à dire qu'elle transforme toujours le réel et s'adresse à notre partie émotionelle plus qu'à notre partie rationnelle.
Mais, je me répète, c'est donc un excellent moyen de nous toucher pour nous parler du monde !
Antithèse :
Non, elle doit être inutile, ou du moins elle peut l'être.
D'ailleurs, quelle est l'utilité des tonnes de photographies (est-ce bien la bonne unité de mesure ou faut-il désormais parler des milliards de pixels ?) qui sont produites chaque jour dans le monde ?
L'ère numérique tend à accroitre de façon exponentielle la quantité des images que l'on réalise et, dans une moindre mesure tenat à notre capacité - ou à notre résistance ! - que l'on voit. Mais, encore une fois, sont-elles utiles ?
Certes, elles ne revendiquent pas toutes, loin de là, le statut d'oeuvres d'art.
Si l'on se limite à ce domaine, cette fois, la question reste posée. La beauté pure, si tant est qu'on sache la définir ou en juger, est-elle utile ? On nous dira qu'elle embellit la vie, qu'elle rend plus heureux... Peut-être... Mais pas sûr. On peut penser aussi qu'elle ne vit que pour elle même.
Certains revendiqueront cette inutilité de l'oeuvre d'art - pas forcémpent "belle" d'ailleurs - qui n'existe que comme l'expression de la sensibilité de l'artiste. C'est un fait que l'on ressent souvent une impression de viol de l'intimité de la personne dans certaines oeuvres contemporaine. Certes, la porte nous était entrouverte, nous étions invités à entrer... Peut-être est-ce même l'argument principal de cet art qui valorise l'individu dans ce qu'il a de plus personnel...
Mais alors, à quoi est-ce que cela sert, sinon à satisfaire une sorte de curiosité de voyeurs ?
Synthèse :
Pour autant, si l'on reste dans ce même cas de figure, cet art n'en parlerait pas moins de l'état de notre société et l'éventuelle détresse individuelle qui transparait - c'est souvent le cas - nous renverrait à la détresse de la société dans lequel l'individu, quel qu'il soit, s'insère, bon gré ou mal gré. Si je fais cette analyse, si j'arrive à comprendre ce que vis l'artiste, ou ce qu'il a vécu lorsqu'il a fait telle ou telle photographie, j'entre un peu dans son intimité qui fait écho à la mienne ou qui m'interroge... cela peut-être utile. Peut-être ces images jouent-elles pour moi le rôle d'une psychanalyse.
Mais si ce n'est pour moi, spectateur, si je reste en dehors, non touché, sans que je comprenne ou que cela m'évoque quoi que ce soit, il n'en est pas moins vrai que la réalisation de cette oeuvre a pu être utile à l'artiste. Elle lui a peut-être évité une grave dépression, peut-être même de se suicider... qui sait. L'art peut-être un puissant exutoire.
Mais alors, pour quelle raison l'artiste s'arrogerait-il ce droit pour lui seul ? Et immédiatement se pose la question de qui il est, qui est artiste et qui ne l'est pas ? La personne x qui utilise son téléphone portable pour faire quelques photos est-il ou non "artiste" ? On ne saurait juger par le média ou par l'outil employé... C'est la fameuse question qui opposait à l'origine la peinture à la photographie... Il est probable qu'il puisse donc l'être... Il peut concevoir une passion qui lui permette à lui aussi de sublimer des difficultés... Mais l'artiste s'expose... Il offre son intimité à travers ses oeuvres. Et, par ce fait, il donne aux autres la possibilité d'entr'apercevoir, dans le miroir tendu, une partie d'eux-mêmes ou un biais sur le monde qui nous entoure.
Pour moi, c'est cela être artiste.
Et c'est donc intimement lié à une forme d'utilité.
La photographie artistique est donc utile parce qu'elle se donne à voir. Elle se montre. Tandis que la plupart des images restent invisibles.
Et de façon indissociable, elle émane d'une individualité, d'un regard, d'un photographe. Une machine ne saurait produire de photographie artistique. Parce qu'une machine n'a rien à dire.
La photographie artistique est donc, en quelque sorte, un "regard utile", un moyen détourné pour faire progresser, en leur tendant un miroir, les hommes et le monde.















